dimanche 25 mai 2008
mention très bien
voila un site très bien fait pour tout lycéen qui se prépare plus ou moins directement à passer son bac
Mention très Bien... Histoire-géo, philo, éco... et pas de zéro...
jeudi 22 mai 2008
libération de Paris
La clé recherchée, la clé égarée mais la clé retrouvée (pastiche du Grand Charles)... Elle était bien au fond du cartable. je me rattrape ici partiellement
Ce parcours photographique vous permettra de vous remettre en mémoire les points développés en cours. La barricade est militairement une ineptie, elle se balaie d'un coup de canon... certes elle peut gèner des fantassins, mais les militaires allemands sont aguerris. L'ériger est donc plus une référence aux épisodes insurrectionnels qui ont ponctué l'histoire de Paris.
La descente des Champs-Elysées par de Gaulle, le 26 août 44, alors que les canons sont encore fumants, en est le contrefeu. Il s'agit de s'imposer pour que le tumulte cesse et que la situation n'échappe pas au chef du GRPF.
Quand à la dernière, elle date du 29. C'est un défilé plus organisé. Les militaires de la 4eme division d'infanterie américaine, qui ont participé à la libération de la capitale, paradent avant de repartir vers le front... l'air de Paris libéré est nocif à la discipline militaire. Les soldats états-uniens sont souvent passés à la trappe des commémorations françaises.
rappel de la devinette
En quoi Charles X peut il être surnommé le "mec plus ultra"... pour avoir une réponse à la hauteur , trouvez moi un exemple précis et détaillé....
Suivez ces quelques pistes... vagues : il serait question d'émigrés, de blasphème, de succession... bonne quête.
samedi 10 mai 2008
68 en bd, pas mal pour faire le point
voilà l'album dont je vous ai parlé... j'espère qu'il sera en ligne dans le site du monde encore pour un bout de temps, juste ce qu'il faut pour réviser....
jeudi 8 mai 2008
entretien avec Jacques Diouf, directeur général de la FAO
Jacques Diouf, directeur général de la FAO
Vidéo envoyée par FRANCE_24
Ulysse Gosset reçoit Jacques Diouf, directeur général de la FAO (Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture), pour revenir sur la crise alimentaire que connait l'Afrique depuis 1945. Regardez l'intégralité du débat: http://www.france24.com/fr/20080425-talk-de-paris-jacques-diouf-directeur-fao-crise-alimentaire-mondiale-prix-riz-bl%C3%A9-biocarburants-p%C3%A9trole&navi=DEBATS
Il faut rappeler que le président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, vient, le 4 mai, de demander la suppression du FAO pour son inefficacité. Faut il y voir un réelle contestation.... ou une occasion de renverser un opposant potentiel de son piédestal ?
Olivier de Schutter, rapporteur de l'ONU
Olivier de Schutter, rapporteur de l'ONU
Vidéo envoyée par FRANCE_24
L'ENTRETIEN DE FRANCE 24 : Avec la crise alimentaire qui touche une partie du monde, les regards se tournent vers les Nations unies. Olivier de Schutter, qui vient d'être nommé rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, explique ce que l'institution peut faire.
mercredi 7 mai 2008
de la propagande à l'icône féministe
Jetez un oeil sur ces archives états-uniennes si vous voulez voir dans quel flot de propagande, le personnage de "betty la riveteuse" est né.
Vous retrouvez les trois affiches qui ponctuent le discours de Roosevelt. Vous noterez donc le dessinateur, la date d'édition de l'affiche et à quels thèmes se rapportent-elles.
vendredi 2 mai 2008
"la fin de la nourriture à bas prix"
M. de Schutter prédit "la fin de la nourriture à bas prix"
Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation
La communauté internationale a été prise de court par les émeutes de la faim de façon "inexcusable", estime Olivier de Schutter dans un entretien au Monde. Ce professeur de droit belge, secrétaire général depuis 2004 de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme a été nommé, le 26 mars, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation par le Conseil des droits de l'homme, basé à Genève.
Quelle sera votre première initiative pour faire face à la crise alimentaire ?
Je vais recourir à "l'option nucléaire", en demandant une session spéciale du Conseil des droits de l'homme. Symboliquement, il s'agit de mettre les droits économiques et sociaux à égalité avec les droits civils et politiques, invoqués pour saisir le Conseil sur la situation au Darfour, en Birmanie, ou dans les territoires palestiniens. Le Conseil ne peut rester silencieux. J'espère qu'il trouvera sur ce dossier l'unité qui fait défaut ailleurs.
La communauté internationale a-t-elle été prise de court par les émeutes de la faim ?
Oui, et c'est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu'on soutienne l'agriculture dans les pays en développement. Rien n'a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu'avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. On paye vingt années d'erreurs. Avec l'augmentation de la demande alimentaire, l'offre ne suit plus. L'agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites.
Faut-il blâmer les institutions financières internationales ?
Oui. Pendant vingt ans, elles ont gravement sous-estimé la nécessité d'investir dans l'agriculture - la Banque mondiale l'a reconnu fin 2007. Et les plans d'ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment dans l'Afrique subsaharienne, à développer des cultures d'exportation et à importer la nourriture qu'ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix.
L'ampleur de la crise vous a surpris ?
Le plus étonnant est la rapidité de son explosion. Il a manqué une réaction coordonnée des Etats. Lorsque l'Indonésie ou l'Inde imposent des restrictions à l'exportation, cela fait monter les prix sur les marchés internationaux, et il est plus difficile pour les Philippines d'acheter le riz dont elles ont besoin. Ces réactions désordonnées se contredisent. Le danger serait de mettre des pansements, en distribuant de l'aide alimentaire, sans travailler aux causes profondes derrière les réactions de panique des Etats.
Le pire est-il passé ?
La crise va durer jusqu'aux récoltes du début de l'automne, qui, si elles sont bonnes, vont diminuer la tension sur les marchés. Le thermomètre va baisser, mais la maladie reste. C'est un rappel à l'ordre. L'ère de la nourriture bon marché est derrière nous. Les acteurs internationaux sont mobilisés et je pense qu'on parviendra à éviter la famine. Mais la malnutrition, qui a un impact considérable sur le développement des enfants, est à redouter. Les pauvres en milieu urbain et les populations des pays importateurs de nourriture seront les plus touchés.
Pensez-vous que le développement des agrocarburants, accusés de faire monter les prix, doive faire l'objet d'un moratoire.
Au sens juridique, non. Je suis d'accord avec sa dénonciation, avec des précisions. Il faut reconnaître le droit des pays à se développer. Le poids des bioéthanols au Brésil est tel que je n'imagine pas de retour en arrière. Certains agrocarburants de la première génération sont peut-être prometteurs : des plantes comme le jatropha, ou certaines variétés de sorgho, poussent sur des terres peu fertiles. Mais les objectifs ambitieux en matière de production de biocarburants que se sont fixés les Etats-Unis et l'Union européenne sont irresponsables. La production de colza, l'huile de palme, qui détruit les forêts en Indonésie, l'utilisation d'un quart de la récolte de maïs aux Etats-Unis, c'est un scandale, qui sert uniquement les intérêts d'un petit lobby, avec l'argent du contribuable. J'appelle au gel de tout investissement dans ce secteur.
Qu'en est-il des carburants de la deuxième génération, produits à partir de déchets agricoles ?
Ils ne sont pas une panacée, dans la mesure où ils consomment encore plus d'eau que ceux de la première génération. Etudions-les, mais ne nous voilons pas la face : il faut consommer moins d'énergie, utiliser moins d'automobiles, et ne pas se faire d'illusion sur la capacité des nouvelles technologies à nous permettre de poursuivre notre mode de vie occidental.
Le marché alimentaire va s'autoréguler ?
La "main invisible " n'est pas la solution, c'est le problème. J'étudie des mécanismes de taxation des mouvements spéculatifs, que l'Inde songe à mettre en place. Dans le domaine agricole, l'offre est relativement inélastique et les terres arables ne sont pas extensibles à l'infini. Par ailleurs, un petit nombre d'entreprises, Monsanto, Dow Chemicals, Mosaic, détiennent les brevets sur des semences, des pesticides, des engrais, qu'elles peuvent vendre à des prix élevés pour les petits producteurs. Il faut réfléchir à une modification des règles de la propriété intellectuelle de ces entreprises, dont les profits explosent.
Les pays riches doivent-ils mettre fin aux subventions agricoles ?
Je suis pour une suppression graduelle. L'OCDE paye chaque année à ses agriculteurs 350 milliards de dollars, contre un milliard d'aide à l'agriculture pour les pays en développement. C'est une honte. Mais si on supprime les subventions immédiatement, les pays en développement, qui importent ces produits, devront les payer plus cher.
Avant, les Etats-Unis et l'UE déversaient l'aide alimentaire quand il y avait des surplus. Les prix baissaient mettant en difficulté les producteurs locaux. Il faut au contraire les encourager à produire , acheter leurs produits sur les marchés locaux et les donner aux plus pauvres. Au lieu des cargos de blé qui traversent l'Atlantique, il faut une aide financière.
Article paru dans l'édition du 03.05.08.
jeudi 1 mai 2008
interwiew d"edgar Pisani dans Télérama
"Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" : rencontre avec Edgar Pisani
télérama 1er mai 2008 Ancien ministre de de Gaulle, chargé de la Nouvelle-Calédonie sous Mitterrand, ce spécialiste de la faim dans le monde nous prévient : si les uns ne changent pas très vite leur logique de profit et les autres leur mode de vie, la Terre comptera bientôt deux ou trois milliards d'affamés.
Rappelez-vous. C'était en janvier 2007 : les
Mexicains descendaient dans la rue pour manifester contre
l'augmentation du prix de la tortilla, la galette de maïs. A l'époque,
beaucoup avaient souri. Depuis, les émeutes de la faim se sont
répandues comme une traînée de poudre : au Cameroun, au Maroc, au
Yémen, au Sénégal, en Indonésie, au Bangladesh, aux Philippines, en
Haïti... Blé (+ 130 % depuis 2006), riz (+ 170 %), maïs (+ 140 %) : les
produits agricoles de base flambent et le monde découvre avec surprise
que la fin de la faim n'est pas pour demain. Que la famine menace plus
d'un milliard d'êtres. Edgard Pisani est de ceux qui préviennent depuis
des années de l'imminence de la crise. Ancien ministre de
l'Agriculture, de l'Equipement sous de Gaulle, puis chargé de la
Nouvelle-Calédonie sous Mitterrand, ce grand serviteur de l'Etat a
souvent eu une longueur d'avance. A 90 ans, le regard bleu plus acéré
que jamais et la voix grave, il dit toute sa révolte. Celle d'un vieux
sage lucide, à l'espérance chevillée au corps.
Pourquoi cette crise ?
Prévisible, elle est la conséquence logique de notre inconséquence et
va inéluctablement s'aggraver. Voilà des années que je lance des cris
d'alarme et que je pose la question suivante : le monde peut-il nourrir
le monde ? Sans doute pas ! Nous avons, fort heureusement, inventé les
moyens de diminuer la mortalité infantile. Mais, ce faisant, nous avons
créé une explosion démographique sans précédent. La planète n'est pas
faite pour accueillir les neuf milliards d'êtres prévus pour 2050 et
leur donner à manger en suffisance. D'autant moins que, pour nourrir
ceux qui existent, l'homme a inventé des procédés qui ont déréglé la
nature et l'ont rendue moins fertile. Pour installer ce surcroît de
population, les villes s'étalent sur les terres les plus fertiles de la
planète. On a le sentiment que le monde est devenu fou. Il demande à la
nature plus qu'elle ne peut donner et se laisse entraîner par le goût
de la découverte et du profit.
Mais le problème de la faim n'est pas nouveau. Qu'est-ce qui a changé ?
Notre perception. Jadis, on ne se souciait pas des pauvres ! La
conscience de l'appartenance à une société humaine, à un destin commun
dont toutes les parties sont solidaires, est née avec la Révolution
française et s'est accélérée tout au long du XIXe
siècle jusqu'à aujourd'hui. Mais la faim a surtout changé de
signification : il s'agissait d'une question sociale. C'est devenu un
fait économique, écologique, social et politique d'une incroyable
complexité.
Pourquoi insistez-vous tant sur l'explosion démographique ?
Parce qu'il est essentiel de se demander de quoi auront besoin neuf
milliards d'êtres. En termes d'emploi, de terres, d'eau et d'énergie.
Et quelles seront, dans ce contexte, les conséquences de la
non-satisfaction des besoins vitaux des hommes. La question alimentaire
ne peut se penser que comme l'une des parties d'un ensemble, comme la
conséquence de multiples facteurs qui, lui étant étrangers, y
contribuent. Il n'existe guère de secteurs qui n'agissent sur
l'agriculture et sur lesquels celle-ci soit sans effet. Or, mis à part
le récent Grenelle de l'environnement à l'automne dernier, il n'existe
aucun lieu, aucune institution internationale qui analyse et prévoie
les conséquences des évolutions qui menacent la nature, l'espèce
humaine, le monde ! On s'entête à penser séparément, égoïstement, ce
qui est fatal pour notre avenir.
« Le déséquilibre des marchés et l'absence de stocks ont amené les spéculateurs à faire flamber les prix des denrées alimentaires. »
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Une multitude de facteurs se sont croisés. L'augmentation de la
demande, avec 28,5 millions de bouches supplémentaires à nourrir chaque
année. La flambée du pétrole, qui rend les agro-carburants plus
séduisants que jamais et qui pousse les exploitants des grandes plaines
à déforester des dizaines de milliers d'hectares, en Amazonie par
exemple. La multiplication des dommages climatiques, qui fait que les
stocks n'ont jamais été aussi bas depuis trente ans. Les politiques
internationales de la Banque mondiale, du Fonds monétaire
international, qui ont incité les pays du Sud à tout miser sur les
cultures d'exportation au détriment de leurs cultures vivrières. La
liberté du commerce, qui est souvent fatale aux agricultures les moins
favorisées par la nature. Ou encore le déséquilibre des marchés et
l'absence de stocks qui ont amené les spéculateurs à faire flamber les
prix des denrées alimentaires.
Beaucoup de paramètres, donc...
Nous sommes loin d'en comprendre toute la réalité et la gravité. Parler
de la crise alimentaire, c'est prendre en considération les dizaines de
milliers d'hectares de terres fertiles grignotées par les villes et les
océans, année après année. C'est savoir que la Californie vit déjà une
compétition dramatique entre la consommation d'eau urbaine et agricole.
Que l'agriculture ultraproductiviste est extrêmement vorace en énergie.
C'est aussi prêter attention à l'évolution de nos régimes alimentaires
: l'augmentation de la consommation de viandes est redoutable pour
l'avenir, puisqu'elle a fait exploser la demande de céréales
fourragères. La Chine en fait l'expérience. D'ores et déjà les animaux
consomment 45 % des céréales mondiales.
Alors il est grand temps de se poser cette question essentielle, non
pas en termes de marché mais de subsistance : de quelles agricultures
avons-nous besoin et à quelles conditions pourront-elles répondre aux
besoins ? Il n'y a peut-être jamais eu question plus difficile posée
aux responsables agricoles, économiques et politiques du monde. Or, ni
l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations unies
(FAO), ni la Banque mondiale, ni l'Organisation mondiale du commerce
(OMC) n'en ont pris la mesure.
Pourquoi ?
Parce que cela exigerait l'instauration d'une certaine « gouvernance »
du monde, qui est contraire à l'idéologie et aux intérêts des groupes
dominants. Mais nous sommes tous responsables, parce qu'indifférents.
La population pauvre vit dans les espaces ruraux mais à peine 4 % de
l'aide publique est attribué à l'agriculture des pays en développement
! Nous n'en avons cure, quand bien même cela nous mène droit dans le
mur. La Chine, par exemple, favorise l'extension des grandes fermes, de
véritables usines à produire, avec des tracteurs surpuissants et très
peu d'hommes. Du coup, l'exode rural pousse chaque année 24 millions de
paysans vers les villes, alors même qu'il n'y a déjà plus de place ni
de travail pour eux : les usines n'embauchent plus, elles mécanisent.
Et personne ne se demande quel sera le coût financier de l'urbanisation
de ces multitudes. Comment le monde vivra-t-il quand il y aura deux ou
trois milliards d'affamés ? Et que fera-t-il des migrants ? On ne se
pose pas ces questions. Cela nous arrange, à court terme, parce que
nous sommes obsédés par le profit. Prenons le cas des migrations
mexicaines vers la Californie. Les gros fermiers californiens ont
intérêt à ce que ces travailleurs soient clandestins car ils les paient
moitié moins cher. De toute façon, la seule chose qui obsède les
Occidentaux, c'est le carburant : un ménage moyen ne consacre-t-il pas
plus à l'achat d'essence qu'à celui de nourriture ?
« Chacun d'entre nous continue en toute inconscience
à surconsommer de l'essence, même quand
elle devient rare et chère. »
Au point qu'on fait maintenant du carburant avec de la nourriture...
On déforeste et on « reconvertit » chaque année davantage de champs de
blé en champs... de biocarburant. Et cela ne va pas s'arranger puisque
nous ne faisons rien pour diminuer notre consommation d'énergie !
Bertrand Delanoë a beau lancer le Vélib' à Paris, fort sympathique au
demeurant, quantitativement, cela ne représente rien si nous continuons
à avaler des kilomètres sur les autoroutes et que le nombre
d'automobiles chinoises double tous les deux ou trois ans. Chacun
d'entre nous continue en toute inconscience à surconsommer de
l'essence, même quand elle devient rare et chère. On verra bien...
demain...
Ce n'est pas nouveau. Je me souviens d'un déjeuner avec les présidents
des grandes firmes automobiles en 1967. J'étais alors ministre de
l'Equipement. J'ai découvert que l'on pourrait, que l'on savait
concevoir des moteurs consommant moins d'essence. Mais, à l'époque,
l'essence était si bon marché que cela ne les intéressait pas, même
s'ils étaient conscients que cela ne durerait pas indéfiniment. On
connaît donc le problème depuis des années, mais le profit seul
comptant, on ne s'en préoccupe pas.
Vous ne voyez donc aucun signe d'espoir ?
Il y en a, y compris en Afrique, qui se trouve au cœur de la tourmente.
Ce continent dispose d'une incroyable réserve de terres et d'eau, mais
il ne réussit pas à assurer son autosuffisance alimentaire. Pourtant
les moyens existent ! Rendez-vous dans la banlieue des villes, et vous
constaterez l'existence d'une petite paysannerie de subsistance qui est
extraordinaire : la bananeraie, la chèvre, il y a tout sur un petit
lopin de terre ! Pourquoi ne pas s'inspirer de nos jardins ouvriers et
créer des parcs paysans pour cent, deux cents ou cinq cents petits
exploitants dans des zones où l'eau peut être amenée à des prix
convenables, par exemple dans la région du Niger ou autour du fleuve
Congo. Avec des techniciens capables de former les paysans, des
magasins de stockage, et un accès au marché, car réunis, ces
agriculteurs pourraient vendre leurs excédents. Si chaque pays se
lançait dans une politique dynamique de création de lotissements
paysans, encadrés du point de vue commercial et sanitaire, avec des
techniques respectueuses de la nature, cela ferait avancer la question
de l'autosuffisance.
« La politique de l'OMC est absurde : vous ne pouvez pas
réguler par le marché mondial une denrée aussi
essentielle à la vie que la nourriture. »
Croyez-vous aussi, comme l'avance Jacques Diouf, le
directeur général de la FAO, que la hausse des prix des denrées
alimentaires soit une chance pour les agriculteurs africains ?
Allons donc, quel bénéfice pourraient-ils en tirer ? Pensez-vous que
les paysans africains pourront exporter en concurrence avec leurs
homologues nord-américains ou européens ? Bien sûr que non ! Personne
ne s'intéressera à leurs produits, ni à eux. Si les prix sont élevés,
on n'ira pas chercher de consommateurs dans des pays qui ne peuvent pas
payer ! Alors, bien sûr que l'accroissement du prix des denrées
agricoles est une occasion... sauf pour ceux qui ne peuvent pas
acheter. Or il y en a plus d'un milliard. On ne peut résoudre le
problème agricole en faisant fi de ceux qui n'ont pas les moyens
d'acheter.
C'est pourtant ce que prépare l'OMC, qui tente de boucler dans les
semaines à venir un accord libéralisant les échanges de produits
agricoles...
La politique de l'OMC est absurde : vous ne pouvez pas réguler par le
marché mondial une denrée aussi essentielle à la vie que la nourriture,
et dont les coûts varient du simple au triple suivant les régions du
monde. Au contraire, il faudrait que les gouvernements puissent fixer
des prix intérieurs favorables à la production et abordables pour le
consommateur. Il faut aider les agricultures des pays pauvres en leur
apportant les moyens de produire plutôt que les décourager par l'aide
alimentaire. Comment peut-on vouloir que le prix mondial de référence
pour le lait soit le prix néo-zélandais, alors que la Nouvelle-Zélande
le produit à un coût deux fois moins élevé que nous ! Le marché détruit
les agricultures moins concurrentielles. Or, le monde a besoin de
TOUTES les agricultures. Parce que si le monde ne produit pas le
maximum de ce qu'il peut produire, il ne mangera pas à sa faim.
Le marché est-il une loi ou un système régulateur ? L'OMC a choisi la
première option. Mais les sociétés rurales, qui représentent quatre
milliards d'êtres, et les autres, ne survivront que si l'on opte pour
le second choix. En cela, la crise alimentaire n'est que l'un des
aspects de la crise actuelle du monde. Alors, bien sûr, nous sommes
dans la période la plus difficile qui soit : celle où l'on prend
conscience de l'impasse dans laquelle nous nous sommes collectivement
engagés. Mais c'est aussi la plus prometteuse, dès lors qu'on comprend
qu'il nous faut chercher ailleurs. Il y va de l'avenir de milliards
d'êtres et de la paix du monde.
Propos recueillis par Weronika Zarachowicz
mardi 29 avril 2008
la Banque mondiale contre les interdictions d'exportation
Crise alimentaire: la Banque mondiale contre les interdictions d'exportation
AFP / 29 avril 2008 11h16
BERNE - Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a
demandé mardi aux Etats de ne pas recourir à des interdictions
d'exportation pour faire face à la crise alimentaire mondiale, estimant
que ces décisions ne font qu'aggraver la situation.
"Nous
appelons les pays à ne pas recourir à des interdictions d'exportation.
Ces contrôles encouragent l'accumulation, poussent les prix à la hausse
et pénalisent les habitants les plus pauvres de la planète", a déclaré
M. Zoellick lors d'une conférence de presse à Berne en compagnie
d'autres dirigeants d'organisations internationales.
M. Zoellick
a salué à cet égard la décision de l'Ukraine, la semaine dernière, de
lever ses restrictions à l'exportation de céréales, ce qui a eu pour
"effet immédiat de faire baisser les cours".
"D'autres pays peuvent faire la même chose", a-t-il dit.
Le
secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a déclaré qu'il avait déjà
demandé à tous les Etats du monde de lever immédiatements ces mesures.
Le
directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal
Lamy, a jugé "évident que de telles mesures entraînent une hausse
supplémentaire des prix".
"A court terme, ce n'est pas une bonne
solution économique", a-t-il déclaré à l'AFP en marge de la réunion
organisée à Berne par M. Ban avec les dirigeants de 27 organisations
internationales afin de dresser un plan de bataille pour faire face à
la crise provoquée par la flambée des prix des produits alimentaires.
Le
secrétaire général de l'Onu a annoncé la création d'une cellule de
crise afin de répondre au défi de la crise alimentaire mondiale. Cette
cellule sera placée sous l'autorité directe de M. Ban, qui a chargé le
secrétaire général adjoint John Holmes de sa coordination.
La
priorité immédiate est de "nourrir les affamés", a souligné M. Ban en
demandant aux pays donateurs de répondre "en urgence et de manière
complète" aux appels de fonds qui ont été lancés.
Pour faire face
à la pénurie alimentaire et à la flambée des prix des denrées,
l'Argentine, le Brésil, le Vietnam, l'Inde et l'Egypte ont imposé
récemment des limitations à l'exportation de certains produits dans le
but d'assurer la sécurité alimentaire de leurs populations.
Le gouvernement brésilien a en outre annoncé jeudi l'interruption de ses exportations de riz.
(AFP / 29 avril 2008 11h16)



