lundi 13 octobre 2008
n'y-a-t'il pas un problème?
Des centaines de milliards d'euros et de dollars sont prévus pour endiguer la crise.... économique. Pendant ce temps, la crise alimentaire continue...
Jetez un œil sur cette interview publiée dans le Libération du 13 octobre
2008 La_crise_financière_occulte_la_crise_alimentaire . Sébastien Fourny, qui est interrogé, est le porte-parole de l'ONG OXFAM France.
vendredi 10 octobre 2008
retournement de situation
Il n'y a pas eu beaucoup d'articles mis en ligne depuis le printemps... La situation a bien changé, la récession entrainant une baisse de la demande dans tous les secteurs, il n'est pas étonnant que le secteur agricole soit touchées... vous trouverez là un article du "Monde" La_chute_des_prix_des_matières_premières_agricoles, datant du 09 octobre 2008 faisant le point sur la situation
jeudi 8 mai 2008
entretien avec Jacques Diouf, directeur général de la FAO
Jacques Diouf, directeur général de la FAO
Vidéo envoyée par FRANCE_24
Ulysse Gosset reçoit Jacques Diouf, directeur général de la FAO (Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture), pour revenir sur la crise alimentaire que connait l'Afrique depuis 1945. Regardez l'intégralité du débat: http://www.france24.com/fr/20080425-talk-de-paris-jacques-diouf-directeur-fao-crise-alimentaire-mondiale-prix-riz-bl%C3%A9-biocarburants-p%C3%A9trole&navi=DEBATS
Il faut rappeler que le président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, vient, le 4 mai, de demander la suppression du FAO pour son inefficacité. Faut il y voir un réelle contestation.... ou une occasion de renverser un opposant potentiel de son piédestal ?
vendredi 2 mai 2008
"la fin de la nourriture à bas prix"
M. de Schutter prédit "la fin de la nourriture à bas prix"
Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation
La communauté internationale a été prise de court par les émeutes de la faim de façon "inexcusable", estime Olivier de Schutter dans un entretien au Monde. Ce professeur de droit belge, secrétaire général depuis 2004 de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme a été nommé, le 26 mars, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation par le Conseil des droits de l'homme, basé à Genève.
Quelle sera votre première initiative pour faire face à la crise alimentaire ?
Je vais recourir à "l'option nucléaire", en demandant une session spéciale du Conseil des droits de l'homme. Symboliquement, il s'agit de mettre les droits économiques et sociaux à égalité avec les droits civils et politiques, invoqués pour saisir le Conseil sur la situation au Darfour, en Birmanie, ou dans les territoires palestiniens. Le Conseil ne peut rester silencieux. J'espère qu'il trouvera sur ce dossier l'unité qui fait défaut ailleurs.
La communauté internationale a-t-elle été prise de court par les émeutes de la faim ?
Oui, et c'est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu'on soutienne l'agriculture dans les pays en développement. Rien n'a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu'avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. On paye vingt années d'erreurs. Avec l'augmentation de la demande alimentaire, l'offre ne suit plus. L'agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites.
Faut-il blâmer les institutions financières internationales ?
Oui. Pendant vingt ans, elles ont gravement sous-estimé la nécessité d'investir dans l'agriculture - la Banque mondiale l'a reconnu fin 2007. Et les plans d'ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment dans l'Afrique subsaharienne, à développer des cultures d'exportation et à importer la nourriture qu'ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix.
L'ampleur de la crise vous a surpris ?
Le plus étonnant est la rapidité de son explosion. Il a manqué une réaction coordonnée des Etats. Lorsque l'Indonésie ou l'Inde imposent des restrictions à l'exportation, cela fait monter les prix sur les marchés internationaux, et il est plus difficile pour les Philippines d'acheter le riz dont elles ont besoin. Ces réactions désordonnées se contredisent. Le danger serait de mettre des pansements, en distribuant de l'aide alimentaire, sans travailler aux causes profondes derrière les réactions de panique des Etats.
Le pire est-il passé ?
La crise va durer jusqu'aux récoltes du début de l'automne, qui, si elles sont bonnes, vont diminuer la tension sur les marchés. Le thermomètre va baisser, mais la maladie reste. C'est un rappel à l'ordre. L'ère de la nourriture bon marché est derrière nous. Les acteurs internationaux sont mobilisés et je pense qu'on parviendra à éviter la famine. Mais la malnutrition, qui a un impact considérable sur le développement des enfants, est à redouter. Les pauvres en milieu urbain et les populations des pays importateurs de nourriture seront les plus touchés.
Pensez-vous que le développement des agrocarburants, accusés de faire monter les prix, doive faire l'objet d'un moratoire.
Au sens juridique, non. Je suis d'accord avec sa dénonciation, avec des précisions. Il faut reconnaître le droit des pays à se développer. Le poids des bioéthanols au Brésil est tel que je n'imagine pas de retour en arrière. Certains agrocarburants de la première génération sont peut-être prometteurs : des plantes comme le jatropha, ou certaines variétés de sorgho, poussent sur des terres peu fertiles. Mais les objectifs ambitieux en matière de production de biocarburants que se sont fixés les Etats-Unis et l'Union européenne sont irresponsables. La production de colza, l'huile de palme, qui détruit les forêts en Indonésie, l'utilisation d'un quart de la récolte de maïs aux Etats-Unis, c'est un scandale, qui sert uniquement les intérêts d'un petit lobby, avec l'argent du contribuable. J'appelle au gel de tout investissement dans ce secteur.
Qu'en est-il des carburants de la deuxième génération, produits à partir de déchets agricoles ?
Ils ne sont pas une panacée, dans la mesure où ils consomment encore plus d'eau que ceux de la première génération. Etudions-les, mais ne nous voilons pas la face : il faut consommer moins d'énergie, utiliser moins d'automobiles, et ne pas se faire d'illusion sur la capacité des nouvelles technologies à nous permettre de poursuivre notre mode de vie occidental.
Le marché alimentaire va s'autoréguler ?
La "main invisible " n'est pas la solution, c'est le problème. J'étudie des mécanismes de taxation des mouvements spéculatifs, que l'Inde songe à mettre en place. Dans le domaine agricole, l'offre est relativement inélastique et les terres arables ne sont pas extensibles à l'infini. Par ailleurs, un petit nombre d'entreprises, Monsanto, Dow Chemicals, Mosaic, détiennent les brevets sur des semences, des pesticides, des engrais, qu'elles peuvent vendre à des prix élevés pour les petits producteurs. Il faut réfléchir à une modification des règles de la propriété intellectuelle de ces entreprises, dont les profits explosent.
Les pays riches doivent-ils mettre fin aux subventions agricoles ?
Je suis pour une suppression graduelle. L'OCDE paye chaque année à ses agriculteurs 350 milliards de dollars, contre un milliard d'aide à l'agriculture pour les pays en développement. C'est une honte. Mais si on supprime les subventions immédiatement, les pays en développement, qui importent ces produits, devront les payer plus cher.
Avant, les Etats-Unis et l'UE déversaient l'aide alimentaire quand il y avait des surplus. Les prix baissaient mettant en difficulté les producteurs locaux. Il faut au contraire les encourager à produire , acheter leurs produits sur les marchés locaux et les donner aux plus pauvres. Au lieu des cargos de blé qui traversent l'Atlantique, il faut une aide financière.
Article paru dans l'édition du 03.05.08.
jeudi 1 mai 2008
interwiew d"edgar Pisani dans Télérama
"Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" : rencontre avec Edgar Pisani
télérama 1er mai 2008 Ancien ministre de de Gaulle, chargé de la Nouvelle-Calédonie sous Mitterrand, ce spécialiste de la faim dans le monde nous prévient : si les uns ne changent pas très vite leur logique de profit et les autres leur mode de vie, la Terre comptera bientôt deux ou trois milliards d'affamés.
Rappelez-vous. C'était en janvier 2007 : les
Mexicains descendaient dans la rue pour manifester contre
l'augmentation du prix de la tortilla, la galette de maïs. A l'époque,
beaucoup avaient souri. Depuis, les émeutes de la faim se sont
répandues comme une traînée de poudre : au Cameroun, au Maroc, au
Yémen, au Sénégal, en Indonésie, au Bangladesh, aux Philippines, en
Haïti... Blé (+ 130 % depuis 2006), riz (+ 170 %), maïs (+ 140 %) : les
produits agricoles de base flambent et le monde découvre avec surprise
que la fin de la faim n'est pas pour demain. Que la famine menace plus
d'un milliard d'êtres. Edgard Pisani est de ceux qui préviennent depuis
des années de l'imminence de la crise. Ancien ministre de
l'Agriculture, de l'Equipement sous de Gaulle, puis chargé de la
Nouvelle-Calédonie sous Mitterrand, ce grand serviteur de l'Etat a
souvent eu une longueur d'avance. A 90 ans, le regard bleu plus acéré
que jamais et la voix grave, il dit toute sa révolte. Celle d'un vieux
sage lucide, à l'espérance chevillée au corps.
Pourquoi cette crise ?
Prévisible, elle est la conséquence logique de notre inconséquence et
va inéluctablement s'aggraver. Voilà des années que je lance des cris
d'alarme et que je pose la question suivante : le monde peut-il nourrir
le monde ? Sans doute pas ! Nous avons, fort heureusement, inventé les
moyens de diminuer la mortalité infantile. Mais, ce faisant, nous avons
créé une explosion démographique sans précédent. La planète n'est pas
faite pour accueillir les neuf milliards d'êtres prévus pour 2050 et
leur donner à manger en suffisance. D'autant moins que, pour nourrir
ceux qui existent, l'homme a inventé des procédés qui ont déréglé la
nature et l'ont rendue moins fertile. Pour installer ce surcroît de
population, les villes s'étalent sur les terres les plus fertiles de la
planète. On a le sentiment que le monde est devenu fou. Il demande à la
nature plus qu'elle ne peut donner et se laisse entraîner par le goût
de la découverte et du profit.
Mais le problème de la faim n'est pas nouveau. Qu'est-ce qui a changé ?
Notre perception. Jadis, on ne se souciait pas des pauvres ! La
conscience de l'appartenance à une société humaine, à un destin commun
dont toutes les parties sont solidaires, est née avec la Révolution
française et s'est accélérée tout au long du XIXe
siècle jusqu'à aujourd'hui. Mais la faim a surtout changé de
signification : il s'agissait d'une question sociale. C'est devenu un
fait économique, écologique, social et politique d'une incroyable
complexité.
Pourquoi insistez-vous tant sur l'explosion démographique ?
Parce qu'il est essentiel de se demander de quoi auront besoin neuf
milliards d'êtres. En termes d'emploi, de terres, d'eau et d'énergie.
Et quelles seront, dans ce contexte, les conséquences de la
non-satisfaction des besoins vitaux des hommes. La question alimentaire
ne peut se penser que comme l'une des parties d'un ensemble, comme la
conséquence de multiples facteurs qui, lui étant étrangers, y
contribuent. Il n'existe guère de secteurs qui n'agissent sur
l'agriculture et sur lesquels celle-ci soit sans effet. Or, mis à part
le récent Grenelle de l'environnement à l'automne dernier, il n'existe
aucun lieu, aucune institution internationale qui analyse et prévoie
les conséquences des évolutions qui menacent la nature, l'espèce
humaine, le monde ! On s'entête à penser séparément, égoïstement, ce
qui est fatal pour notre avenir.
« Le déséquilibre des marchés et l'absence de stocks ont amené les spéculateurs à faire flamber les prix des denrées alimentaires. »
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Une multitude de facteurs se sont croisés. L'augmentation de la
demande, avec 28,5 millions de bouches supplémentaires à nourrir chaque
année. La flambée du pétrole, qui rend les agro-carburants plus
séduisants que jamais et qui pousse les exploitants des grandes plaines
à déforester des dizaines de milliers d'hectares, en Amazonie par
exemple. La multiplication des dommages climatiques, qui fait que les
stocks n'ont jamais été aussi bas depuis trente ans. Les politiques
internationales de la Banque mondiale, du Fonds monétaire
international, qui ont incité les pays du Sud à tout miser sur les
cultures d'exportation au détriment de leurs cultures vivrières. La
liberté du commerce, qui est souvent fatale aux agricultures les moins
favorisées par la nature. Ou encore le déséquilibre des marchés et
l'absence de stocks qui ont amené les spéculateurs à faire flamber les
prix des denrées alimentaires.
Beaucoup de paramètres, donc...
Nous sommes loin d'en comprendre toute la réalité et la gravité. Parler
de la crise alimentaire, c'est prendre en considération les dizaines de
milliers d'hectares de terres fertiles grignotées par les villes et les
océans, année après année. C'est savoir que la Californie vit déjà une
compétition dramatique entre la consommation d'eau urbaine et agricole.
Que l'agriculture ultraproductiviste est extrêmement vorace en énergie.
C'est aussi prêter attention à l'évolution de nos régimes alimentaires
: l'augmentation de la consommation de viandes est redoutable pour
l'avenir, puisqu'elle a fait exploser la demande de céréales
fourragères. La Chine en fait l'expérience. D'ores et déjà les animaux
consomment 45 % des céréales mondiales.
Alors il est grand temps de se poser cette question essentielle, non
pas en termes de marché mais de subsistance : de quelles agricultures
avons-nous besoin et à quelles conditions pourront-elles répondre aux
besoins ? Il n'y a peut-être jamais eu question plus difficile posée
aux responsables agricoles, économiques et politiques du monde. Or, ni
l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations unies
(FAO), ni la Banque mondiale, ni l'Organisation mondiale du commerce
(OMC) n'en ont pris la mesure.
Pourquoi ?
Parce que cela exigerait l'instauration d'une certaine « gouvernance »
du monde, qui est contraire à l'idéologie et aux intérêts des groupes
dominants. Mais nous sommes tous responsables, parce qu'indifférents.
La population pauvre vit dans les espaces ruraux mais à peine 4 % de
l'aide publique est attribué à l'agriculture des pays en développement
! Nous n'en avons cure, quand bien même cela nous mène droit dans le
mur. La Chine, par exemple, favorise l'extension des grandes fermes, de
véritables usines à produire, avec des tracteurs surpuissants et très
peu d'hommes. Du coup, l'exode rural pousse chaque année 24 millions de
paysans vers les villes, alors même qu'il n'y a déjà plus de place ni
de travail pour eux : les usines n'embauchent plus, elles mécanisent.
Et personne ne se demande quel sera le coût financier de l'urbanisation
de ces multitudes. Comment le monde vivra-t-il quand il y aura deux ou
trois milliards d'affamés ? Et que fera-t-il des migrants ? On ne se
pose pas ces questions. Cela nous arrange, à court terme, parce que
nous sommes obsédés par le profit. Prenons le cas des migrations
mexicaines vers la Californie. Les gros fermiers californiens ont
intérêt à ce que ces travailleurs soient clandestins car ils les paient
moitié moins cher. De toute façon, la seule chose qui obsède les
Occidentaux, c'est le carburant : un ménage moyen ne consacre-t-il pas
plus à l'achat d'essence qu'à celui de nourriture ?
« Chacun d'entre nous continue en toute inconscience
à surconsommer de l'essence, même quand
elle devient rare et chère. »
Au point qu'on fait maintenant du carburant avec de la nourriture...
On déforeste et on « reconvertit » chaque année davantage de champs de
blé en champs... de biocarburant. Et cela ne va pas s'arranger puisque
nous ne faisons rien pour diminuer notre consommation d'énergie !
Bertrand Delanoë a beau lancer le Vélib' à Paris, fort sympathique au
demeurant, quantitativement, cela ne représente rien si nous continuons
à avaler des kilomètres sur les autoroutes et que le nombre
d'automobiles chinoises double tous les deux ou trois ans. Chacun
d'entre nous continue en toute inconscience à surconsommer de
l'essence, même quand elle devient rare et chère. On verra bien...
demain...
Ce n'est pas nouveau. Je me souviens d'un déjeuner avec les présidents
des grandes firmes automobiles en 1967. J'étais alors ministre de
l'Equipement. J'ai découvert que l'on pourrait, que l'on savait
concevoir des moteurs consommant moins d'essence. Mais, à l'époque,
l'essence était si bon marché que cela ne les intéressait pas, même
s'ils étaient conscients que cela ne durerait pas indéfiniment. On
connaît donc le problème depuis des années, mais le profit seul
comptant, on ne s'en préoccupe pas.
Vous ne voyez donc aucun signe d'espoir ?
Il y en a, y compris en Afrique, qui se trouve au cœur de la tourmente.
Ce continent dispose d'une incroyable réserve de terres et d'eau, mais
il ne réussit pas à assurer son autosuffisance alimentaire. Pourtant
les moyens existent ! Rendez-vous dans la banlieue des villes, et vous
constaterez l'existence d'une petite paysannerie de subsistance qui est
extraordinaire : la bananeraie, la chèvre, il y a tout sur un petit
lopin de terre ! Pourquoi ne pas s'inspirer de nos jardins ouvriers et
créer des parcs paysans pour cent, deux cents ou cinq cents petits
exploitants dans des zones où l'eau peut être amenée à des prix
convenables, par exemple dans la région du Niger ou autour du fleuve
Congo. Avec des techniciens capables de former les paysans, des
magasins de stockage, et un accès au marché, car réunis, ces
agriculteurs pourraient vendre leurs excédents. Si chaque pays se
lançait dans une politique dynamique de création de lotissements
paysans, encadrés du point de vue commercial et sanitaire, avec des
techniques respectueuses de la nature, cela ferait avancer la question
de l'autosuffisance.
« La politique de l'OMC est absurde : vous ne pouvez pas
réguler par le marché mondial une denrée aussi
essentielle à la vie que la nourriture. »
Croyez-vous aussi, comme l'avance Jacques Diouf, le
directeur général de la FAO, que la hausse des prix des denrées
alimentaires soit une chance pour les agriculteurs africains ?
Allons donc, quel bénéfice pourraient-ils en tirer ? Pensez-vous que
les paysans africains pourront exporter en concurrence avec leurs
homologues nord-américains ou européens ? Bien sûr que non ! Personne
ne s'intéressera à leurs produits, ni à eux. Si les prix sont élevés,
on n'ira pas chercher de consommateurs dans des pays qui ne peuvent pas
payer ! Alors, bien sûr que l'accroissement du prix des denrées
agricoles est une occasion... sauf pour ceux qui ne peuvent pas
acheter. Or il y en a plus d'un milliard. On ne peut résoudre le
problème agricole en faisant fi de ceux qui n'ont pas les moyens
d'acheter.
C'est pourtant ce que prépare l'OMC, qui tente de boucler dans les
semaines à venir un accord libéralisant les échanges de produits
agricoles...
La politique de l'OMC est absurde : vous ne pouvez pas réguler par le
marché mondial une denrée aussi essentielle à la vie que la nourriture,
et dont les coûts varient du simple au triple suivant les régions du
monde. Au contraire, il faudrait que les gouvernements puissent fixer
des prix intérieurs favorables à la production et abordables pour le
consommateur. Il faut aider les agricultures des pays pauvres en leur
apportant les moyens de produire plutôt que les décourager par l'aide
alimentaire. Comment peut-on vouloir que le prix mondial de référence
pour le lait soit le prix néo-zélandais, alors que la Nouvelle-Zélande
le produit à un coût deux fois moins élevé que nous ! Le marché détruit
les agricultures moins concurrentielles. Or, le monde a besoin de
TOUTES les agricultures. Parce que si le monde ne produit pas le
maximum de ce qu'il peut produire, il ne mangera pas à sa faim.
Le marché est-il une loi ou un système régulateur ? L'OMC a choisi la
première option. Mais les sociétés rurales, qui représentent quatre
milliards d'êtres, et les autres, ne survivront que si l'on opte pour
le second choix. En cela, la crise alimentaire n'est que l'un des
aspects de la crise actuelle du monde. Alors, bien sûr, nous sommes
dans la période la plus difficile qui soit : celle où l'on prend
conscience de l'impasse dans laquelle nous nous sommes collectivement
engagés. Mais c'est aussi la plus prometteuse, dès lors qu'on comprend
qu'il nous faut chercher ailleurs. Il y va de l'avenir de milliards
d'êtres et de la paix du monde.
Propos recueillis par Weronika Zarachowicz
mardi 29 avril 2008
la Banque mondiale contre les interdictions d'exportation
Crise alimentaire: la Banque mondiale contre les interdictions d'exportation
AFP / 29 avril 2008 11h16
BERNE - Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a
demandé mardi aux Etats de ne pas recourir à des interdictions
d'exportation pour faire face à la crise alimentaire mondiale, estimant
que ces décisions ne font qu'aggraver la situation.
"Nous
appelons les pays à ne pas recourir à des interdictions d'exportation.
Ces contrôles encouragent l'accumulation, poussent les prix à la hausse
et pénalisent les habitants les plus pauvres de la planète", a déclaré
M. Zoellick lors d'une conférence de presse à Berne en compagnie
d'autres dirigeants d'organisations internationales.
M. Zoellick
a salué à cet égard la décision de l'Ukraine, la semaine dernière, de
lever ses restrictions à l'exportation de céréales, ce qui a eu pour
"effet immédiat de faire baisser les cours".
"D'autres pays peuvent faire la même chose", a-t-il dit.
Le
secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a déclaré qu'il avait déjà
demandé à tous les Etats du monde de lever immédiatements ces mesures.
Le
directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal
Lamy, a jugé "évident que de telles mesures entraînent une hausse
supplémentaire des prix".
"A court terme, ce n'est pas une bonne
solution économique", a-t-il déclaré à l'AFP en marge de la réunion
organisée à Berne par M. Ban avec les dirigeants de 27 organisations
internationales afin de dresser un plan de bataille pour faire face à
la crise provoquée par la flambée des prix des produits alimentaires.
Le
secrétaire général de l'Onu a annoncé la création d'une cellule de
crise afin de répondre au défi de la crise alimentaire mondiale. Cette
cellule sera placée sous l'autorité directe de M. Ban, qui a chargé le
secrétaire général adjoint John Holmes de sa coordination.
La
priorité immédiate est de "nourrir les affamés", a souligné M. Ban en
demandant aux pays donateurs de répondre "en urgence et de manière
complète" aux appels de fonds qui ont été lancés.
Pour faire face
à la pénurie alimentaire et à la flambée des prix des denrées,
l'Argentine, le Brésil, le Vietnam, l'Inde et l'Egypte ont imposé
récemment des limitations à l'exportation de certains produits dans le
but d'assurer la sécurité alimentaire de leurs populations.
Le gouvernement brésilien a en outre annoncé jeudi l'interruption de ses exportations de riz.
(AFP / 29 avril 2008 11h16)
un tableau de bord
Infographie puisée dans "le monde" du 23 04 2008
à analyser en tenant compte des informations complétentaires à lire en dessous du document
Graphiques 1 et 2 :
Marché à terme : procédure spécultative permettant l'achat de valeurs et de produit en ne bloquant qu'une partie du prix au moment de la transaction, les reste étant liquidé un ou plusieurs mois plus tard. Les achat effectués en ce moment sont ceux des pays en cruel déficit et de spéculateurs espérant un belle plus-value sans trop de risque... pour eux.
Graphique 3 :
Les années prises en compte rassemblent le récoltes de l'hémisphère nord (année X) et celles de l'hémisphère sud (année X+1). Faites très attention à la proportionnalité des deux données. en 1998-9 il était produit 1450 millions de tonnes de céréales dont on a soustrait 400 millions à titre de réserve... cela fait 25% de marge de sécurité. En 2007-8 nous n'en avons plu que 15%... on ne peut pas faire plus sans être démuni en cas de famine quelque part dans le monde.
mercredi 23 avril 2008
Louis Michel, commissaire européen u développement et à l'aide humanitaire.
Louis Michel, commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire.
"La révolution verte a marché en Asie. Elle doit marcher en Afrique"
22/04/2008
Louis Michel est commissaire europé
en au
développement et à l'aide humanitaire. L'ancien ministre belge des
affaires étrangères gère à ce titre le budget de l'aide européenne au
développement. Chaque Européen verse chaque année 93 euros d'aide via
Bruxelles et les Etats membres. Dans un entretien au Monde, ce
libéral francophone, âgé de 60 ans, propose le déblocage d'une aide
supplémentaire de 220 millions de dollars (138,6 millions d'euros) pour
faire face à la crise alimentaire mondiale mais est sceptique sur une
relance de la production européenne.
Comment répondre à la crise alimentaire qui touche les pays les plus pauvres de la planète ?
L'augmentation du prix des céréales est une opportunité pour les producteurs dans les pays en développement, mais ce tsunami alimentaire représente un risque pour les pays qui ne sont pas autosuffisants. Ces Etats pourraient l'être, mais ils n'ont pas assez investi. En matière de développement, le fondement, c'est l'agriculture. C'est elle qui nourrit la population, et qui permet de lutter contre la pauvreté.
Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont longtemps misé sur le développement urbain et industriel. Cette époque est-elle révolue ?
Les pays en voie de développement ont connu un exode rural très fort. Il n'était donc pas anormal de financer des projets d'intégration, de survie dans les villes. Cette politique a provoqué le recul de l'agriculture, et un développement urbain mal maîtrisé. Aujourd'hui, il faut mettre en oeuvre des programmes qui augmentent la productivité agricole, financer des semences, des engrais et des transferts de technologies. La révolution verte a bien marché en Asie. Elle doit marcher en Afrique. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout miser sur l'agriculture, mais avoir comme objectif l'autosuffisance de chaque pays. Les réponses doivent aussi être régionales, concernant la gestion des stocks ou l'irrigation.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a demandé 1,4 milliard de dollars (883 millions d'euros) supplémentaires en 2008. Que fait l'Europe ?
Nous préparons une proposition pour dégager 220 millions de dollars supplémentaires. J'espère que cela sera réglé d'ici à juin, si nous obtenons le soutien des Etats membres et du Parlement européen pour prélever une partie de cette somme - 110 millions d'euros - sur la réserve d'urgence du budget communautaire. Cette aide s'ajoutera aux 160 millions d'euros débloqués début mars. Les capitales ont pris conscience de l'appel du PAM, mais je ne sais pas si elles vont avoir des réponses à la hauteur des besoins. L'aide publique au développement est en recul en Europe.
Comment expliquez-vous cette tendance ?
Le développement n'est pas considéré comme une priorité. Plus il sera lent, plus le non-développement aura un impact élevé en terme de terrorisme, de grande criminalité, d'immigration, ou de trafic des êtres humains. Il faut bien relever une certaine incohérence entre le discours et les actions. Cette tendance est dangereuse, car l'Union européenne, qui reste le premier donateur au monde, donne le ton en matière d'aide. Si elle régresse, cela risque d'inciter d'autres, comme les Etats-Unis et le Japon, à limiter leurs efforts.
Que pensez-vous de la demande de Michel Barnier, ministre de l'agriculture français, qui réclame une initiative européenne pour lutter contre la crise alimentaire, en confortant la politique agricole commune (PAC) ?
Je suppose que Michel Barnier ne vise pas à utiliser nos surplus agricoles pour les envoyer dans les pays en crise, comme le font les Américains. Si tout le monde procède ainsi, c'est dangereux, car cela peut déstabiliser les productions locales. Imaginons que l'on augmente la production européenne. Il faudra m'expliquer comment cela ne va pas avoir d'effets sur les cours mondiaux. Cela risque de relancer la compétition entre pays pauvres et riches en matière agricole.
le sujet devient polémique
Plus d'un mois après les premiers avertissements, on voit poindre une diversité d'interprétations. Celle-ci émane d'une association militante, le CADTM (comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) Il faut ici bien faire la part entre des informations nouvelles et objectives et parti-pris... Il est difficile de décanter le tout, mais il faut le faire.
Les fausses explications de la crise alimentaire dans la presse
Depuis plusieurs jours, des manifestations populaires prennent forme dans de nombreux pays du Sud. Les raisons de ce mécontentement sont partout semblables ; les prix de la nourriture de base ont augmenté de manière aussi brutale qu’importante et les populations, déjà paupérisées par la mondialisation, se retrouvent dans l’incapacité d’assumer cette charge supplémentaire. Les peuples ont faim ! Les causes de cette flambée sont multiples mais elles sont globalement issues des jeux économiques. D’une part, une spéculation de replis sur les denrées alimentaires suite à la crise des subprimes, d’autre part la production d’agrocarburants et le réchauffement climatique. Pourtant, certains journalistes pointent dans leurs articles les autorités locales africaines comme responsables des choix catastrophiques en matière de politiques alimentaires, semblant ignorer que les politiques agricoles des pays du Sud sont soumises aux conditionnalités de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) ou encore aux Accords de partenariat économique (APE). Ceux qui façonnent l’opinion publique font ici preuve d’une légèreté étonnamment orientée. C’est ainsi que l’on peut lire dans la presse écrite belge : « de nombreux pays du continent [africain] importent des aliments au lieu de les produire, parce que les autorités locales donnent la priorité aux cultures d’exportation afin d’en retirer les devises pour acheter ce qu’ils ne produisent pas |1| ». Raccourci étonnant. Aussi étonnant que simplificateur et qui dédouane à peu de frais les politiques néolibérales de privatisation, de plans d’ajustement structurel, imposés depuis bientôt trente ans par les institutions financières internationales (IFI) et les gouvernements du Nord au reste de la planète.
par Eric De Ruest
Les PAS (plans d’ajustement structurel) ont été imposés par les institutions de Bretton Woods aux pays du Sud dans le contexte de la crise de la dette du début des années 1980 |2|. Ces mécanismes, tout droit issus de l’idéologie néolibérale, englobent l’ensemble des secteurs des sociétés visées. En effet, pour les théoriciens du néolibéralisme, la mondialisation déploiera l’ensemble de ses bienfaits quand chaque région produira ce en quoi elle excelle et laissera donc le soin aux autres régions de produire la majorité de ce dont elle a besoin. C’est en substance la théorie des avantages comparatifs datant de 1817. Plus simplement, un pays reconnu comme étant particulièrement adapté à la culture du cacao doit renoncer à produire les céréales, les huiles végétales, les légumineuses nécessaires à l’alimentation de base de ses habitant(e)s et doit échanger sur le marché mondial sa production contre tout ce qui lui manque. Il s’agit donc de se couper des cultures vivrières séculaires et essentielles à la souveraineté alimentaire des peuples pour se plier aux jeux des économistes. Jeux dangereux qui ont montrés leurs limites très rapidement et dont on peut contempler toute la déraison à travers les échecs observés dans de nombreux pays ( Haïti, le Sénégal, le Burkina Faso, etc.). Dangereux car ignorants la destruction de la biodiversité au profit des monocultures d’exportations, ignorants aussi les impacts écologiques désastreux des transports nécessaires pour toutes ces marchandises. De plus, comment imaginer, sans une politique volontariste de contrôle des prix, qu’un pays qui exporte l’arachide dont les cours restent bas pendant 20 ans sur le marché mondial pourra importer les tracteurs et le pétrole nécessaires à son maintien sur ce marché ? Quand on connaît la tendance des cours du Brent à s’envoler toujours plus vers de nouveaux sommets et des prix des biens manufacturés à rester démesurément supérieurs aux cours de cette pauvre cacahuète, on imagine la catastrophe. C’est immanquablement la ruine et la famine pour la paysannerie locale et l’inévitable migration vers les bidonvilles pour une large partie de cette population.
Quelle est donc cette théorie issue des milieux intellectuels réputés sérieux qui fait fi de la biodiversité, de la souveraineté alimentaire des peuples, des risques de destruction par différents fléaux naturels ou humains accrus par le choix de la monoculture, de l’essence chaotique du marché |3|, de la pollution généralisée ?
Une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale
Dans son premier rapport de 1999 consacré aux PAS, M. Fantu CHERU |4| explique que l’ajustement structurel va « au delà de la simple imposition d’un ensemble de mesures macroéconomiques au niveau interne. Il est l’expression d’un projet politique, d’une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale, dont l’objectif principal est de faire de la planète un champ d’action où les sociétés transnationales pourront opérer en toute sécurité. Bref, les PAS jouent un rôle de ’courroies de transmission’ pour faciliter le processus de mondialisation qui passe par la libéralisation, la déréglementation et la réduction du rôle de l’Etat dans le développement national. » Réduction du rôle de l’Etat. Et cela vient d’un rapporteur spécial des Nations-Unies. M. CHERU n’est d’ailleurs pas le seul rapporteur des Nations-Unies à avoir évoqué dans ses travaux les conséquences néfastes des PAS. Des critiques détaillées issues des travaux d’autres experts onusiens font feu de tout bois dans les domaines du droit au logement, du droit à l’alimentation ou encore à celui de l’éducation |5|. Là où les IFI imposent la privatisation et ouvrent une voie royale à l’appétit gargantuesque des multinationales. C’est donc à cause d’une dette trop souvent issue de dictatures ou d’emprunts réalisés par les puissances coloniales (l’un n’empêchant pas l’autre) et transférés aux états nouvellement indépendants, que les gouvernements des pays du Sud (d’Afrique en particulier) |6| ont été contraints d’accepter les PAS et ainsi concéder une part importante de leur souveraineté. Si bien qu’avancer aujourd’hui que les choix stratégiques pour l’alimentation seraient encore dans les mains des gouvernements du Sud relève de l’escroquerie intellectuelle à moins d’un manque d’information indigne du journalisme que l’on est en droit d’attendre en démocratie. Entendons par là que fustiger à tort les Africains est une contre-vérité lourde de sens et qui n’aide en rien à créer un climat fraternel entre les peuples.
Un exemple pour mieux comprendre les impacts négatifs des PAS : Haïti
Les émeutes qui se sont déclenchées la semaine dernière à Port-au-Prince, mais aussi dans d’autres villes haïtiennes, ont été réprimées dans le sang. Une quarantaine de blessés au total dont quatorze par balles et au moins 5 morts. Pourtant, ces manifestations n’étaient que le résultat prévisible d’une flambée subite du prix du riz (de l’ordre de 200%). Quand on sait qu’aujourd’hui 82% de la population vit dans une précarité absolue avec moins de 2$ par jour, on comprend facilement de telles réactions face à cette augmentation. Haïti utilise 80% de ces recettes d’exportations uniquement pour couvrir les importations nécessaires à ses besoins alimentaires |7|. Cependant, il n’en a pas toujours été comme cela. Avant la chape de plomb dictatoriale des Duvalier père et fils (de 1957 à 1986), l’île connaissait l’autosuffisance alimentaire. Mais la tendance qu’ont les IFI’s à soutenir les dictatures s’est encore confirmée ici et le peuple haïtien, en plus des blessures personnelles (tortures, exécutions sommaires, climat de terreur permanent instauré par les tontons macoutes), se voit réclamer le remboursement de la dette externe qui culminait en septembre 2007 à 1,54 milliard de dollars |8| Le secteur agricole aura été le plus durement touché par les exigences des prêteurs et puisque la population était majoritairement rurale, l’ampleur des dégâts n’en a été que plus importante. En cause ? Principalement l’abaissement des droits de douane imposé aux pays du Sud mais rarement respecté entre l’Europe et les Etats-unis. Et l’enchaînement fatal s’est mis en place ; arrivée d’un riz produit à l’étranger à moindre coût (car subventionné) donc exode vers les villes de nombreux paysans ruinés et donc impossibilité de réaction du marché local en cas de flambée des prix sur le marché international. Ici comme ailleurs, les bénéfices de la libéralisation sont inexistants pour la très grande majorité de la population, les dégâts sont par contre considérables.
Un tsunami d’origine bien humaine
Quand les pompiers pyromanes communiquent, partout la presse y fait écho. Le (pas très bon) mot de L.Michel est cité par tous les journalistes de la place européenne : « un tsunami économique et humanitaire ». On pourrait croire par là que la crise a une cause extra-humaine, comme le fruit d’une catastrophe naturelle. Pourtant, comme nous l’avons développé plus haut, les causes de la crise sont par trop le résultat de politiques dictées par les milieux financiers aux gouvernements du Sud. C’est aussi à notre voracité énergétique qu’il faut imputer une des causes de cette crise ; Les agrocarburants rentrent bien en concurrence, sur le marché, avec les denrées alimentaires. La spéculation qui se fait autour de cette nourriture changée en carburant tire le prix des céréales et du sucre vers de nouveaux plafonds. Même Peter Brabeck, patron de la multinationale Nestlé, s’inquiète de la situation dans une interview au journal suisse « NZZ am Sonntag » du 23 mars 2008. Pour lui, si l’on veut couvrir 20% de la demande pétrolière avec des agrocarburants, il n’y aura plus rien à manger |9|.
Il est donc plus que temps d’abandonner ce modèle de (sous-)développement néfaste et de laisser le choix aux populations de cultiver prioritairement pour leur marché intérieur. Actuellement, avec les connaissances acquises dans le domaine de l’agriculture respectueuse de l’environnement, nous pouvons viser l’autonomie alimentaire régionale sur l’ensemble de la planète et donc satisfaire à un droit humain fondamental, celui de se nourrir décemment. Les conséquences positives de ces progrès tant attendus seraient de favoriser rapidement la santé dans un premier temps, puis l’éducation, induisant une qualité de vie meilleure sous toutes les latitudes.
notes articles:
|1| p.4 de « la libre Belgique », un article de M.F.C. (avec l’AFP et Reuters) ce jeudi 10 avril 2008
|2| Lire E.Toussaint « la finance contre les peuples : La bourse ou la vie » chap.8 p.187 coédition Syllepse /CADTM/CETIM, 2004.
|3| Benoît Mandelbrot a conçu, développé et utilisé une nouvelle géométrie de la nature et du chaos. On sait moins que la géométrie fractale est née des travaux que Mandelbrot avait consacrés à la finance au cours des années 1960. Pour de plus amples informations lire : « Fractales, hasard et finance », de Benoît Mandelbrot, 1959-1997 en poche.
|4| Expert indépendant auprès de l’ancienne commission des droits de l’homme des Nations-Unies (sur les effets des PAS sur la jouissance effective des droits humains - rapport E/CN.4/1999/50 du 24 février 1999)
|5| Lire à ce propos la brochure éditée par le CETIM « Dette et Droits Humains », décembre 2007.
|6| Pour le Congo par exemple, au 30 juin 1960, jour de l’indépendance, la dette directe s’élève à un total de 921 096 301,44 US$ » (Tiré de l’article de Dieudonné Ekowana).
|7| Ce qui laisse très peu de marge pour tout le reste, tout ce qui est pourtant nécessaire au développement d’un pays. Jamais d’ailleurs le duo infernal FMI/BM ne s’est vanté d’une quelconque réussite de ses politiques sur cette île.
|8| Selon la Banque mondiale et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) Bébé Doc. aurait détourné au total entre 300 et 800 millions de dollars.
|9| Tout comme le Premier ministre italien, Romano Prodi, sceptique sur les bénéfices des agrocarburants et qui a affirmé qu’une transition vers ce type de palliatif au pétrole aurait un impact négatif sur la production alimentaire.
mardi 22 avril 2008
les instance internationaless intègrent la crise dans leur préoccupations "normales"
La pauvreté et la crise alimentaire dominent les travaux de la réunion de la Cnuced
es participants à la 12e Conférence des Nations unies sur le commerce
et le développement (CNUCED), qui se tient à Accra, se sont penchés,
hier, sur les problèmes de la pauvreté et de la crise alimentaire
mondiale due à la hausse des prix.
Prévue
sur cinq jours, la session de la Cnuced qui se tient dans une
conjoncture marquée par une flambée mondiale des prix alimentaires et
de l'énergie, voit la participation des représentants de 192 pays
membres, dont des Chefs d’Etat et de gouvernement, en présence du
secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
Le secrétaire
général a estimé, au deuxième jour des travaux de la réunion que
l'objectif de réduire de moitié la pauvreté en Afrique d'ici 2015
"sera nettement plus difficile à atteindre du fait de la crise
actuelle".
"De nombreux pays décrochent. L'Afrique sud-saharienne
est en danger, pas un seul pays de la région n'est en ligne avec les
objectifs de développement du Millénaire pour 2015", a averti le SG de
l'ONU qui s'exprimait sur le thème "maîtriser le commerce et le
développement pour rendre l'Afrique plus prospère". Selon la
Banque mondiale (BM), ces objectifs risquent d'être retardés de sept
ans si la hausse des prix alimentaires se poursuit.
Le secrétaire
général a demandé "à tout le monde de prendre des décisions
courageuses pour assurer l'avenir des plus pauvres parmi les pauvres,
avec une priorité aux femmes et aux enfants".
Il a également averti
que "les prix élevés (des produits alimentaires de base) menacent de
faire perdre les avancées obtenues jusque-là dans la lutte contre la
faim et la malnutrition".
M. Ban Ki-moon a, en outre,
lancé un appel aux donateurs internationaux pour qu'ils tiennent leurs
engagements de financement aux pays pauvres. La veille, il avait
dénoncé les subventions agricoles accordées par les pays riches à
leurs producteurs et à l'exportation qu'il a qualifiées de "reliques
démodées".
Les pays développés du G8 avaient réaffirmé le
6 avril à Tokyo leur engagement à augmenter leur aide aux pays
pauvres, mais selon l'Organisation de coopération et de développement
économique (OCDE), l'aide au développement octroyée par 22 pays riches
aux pays pauvres en 2007 "a baissé de 8,4% ".
Les assises d'Accra
ont lieu alors que les négociations du cycle de Doha de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC) sont toujours dans l'impasse en raison,
notamment, d'un affrontement Nord-Sud à propos du commerce des
produits agricoles. "Il est temps pour les nations les plus riches de
repenser leurs programmes démodés de subventions agricoles. Les
subventions pénalisent de façon disproportionnée les pays pauvres et
contribuent à la crise actuelle", a plaidé M. Ban. Dans le même sens,
le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a estimé dans une
tribune publiée lundi dans le Financial Times que la conclusion du
cycle de Doha permettrait de lutter contre la hausse des prix agricoles.
Parlant
de "sérieux problème humanitaire" qui nécessite une réponse
"audacieuse", M. Strauss-Kahn a assuré que le FMI "fournira un soutien
financier rapide" car "nous avons une responsabilité morale de
remettre de la nourriture entre les mains des gens pauvres".
La
réunion de la Cnuced a plusieurs points à son ordre du jour. Il s’agit
notamment de "l’examen des diverses conséquences économiques de la
mondialisation", notamment ses effets sur la réduction de la pauvreté,
sur la création de richesses et d’emplois, et sur la répartition des
revenus.
La Conférence devait étudier également "de quelle façon la
croissance du commerce, de l’investissement et de l’aide entre pays du
Sud transforme le paysage économique mondial".
Elle
devait s’intéresser, en outre, à l’expansion du commerce des services,
et au développement de la migration internationale de main d’œuvre qui
en découle, ainsi qu’aux conséquences de l’augmentation des besoins
énergétiques de l’Asie sur la sécurité énergétique et les changements
climatiques.
La Cnuced, dont le siège est à Genève, a été créée en
1964 en tant que mécanisme intergouvernemental permanent. Elle est le
principal organe de l’Assemblée de l’ONU dans le domaine de commerce
et de développement.


