mardi 22 avril 2008
la crise alimentaire au menu du prochain sommet du G8
LONDRES (AFP) 22/04/2008 10 h00— Une trentaine de personnes, dont la directrice du
Programme alimentaire mondial (PAM), doivent participer mardi à Londres
à un sommet sur les prix alimentaires, organisé par Gordon Brown, qui
devrait jeter les bases d'un plan international d'action, a annoncé
mardi Downing street.
Selon un porte-parole du Premier ministre britannique, ce sommet doit se tenir à 16H00 (15H00 GMT) à Downing street, résidence officielle de Gordon Brown à Londres, "pour aider les participants à donner forme à un plan d'action. Aucun plan ne sera achevé" lors de cette rencontre.
Quand aux priorités de ce projet, "nous préférons laisser le PAM orienter (les discussions) pour en définir les paramètres", a précisé le porte-parole.
Selon lui, le résultat du sommet devrait être présenté lors de la rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne en juin et aux membres du G8 en juillet. Le plan devrait également être présenté lors d'une réunion extraordinaire des Nations Unies le 25 septembre, a-t-il poursuivi.
Dans une déclaration publiée mardi sur le site
internet de Downing street, M. Brown a plaidé pour une "réponse
pleinement coordonnée de la communauté internationale" pour lutter
contre la "crise alimentaire mondiale qui menace d'annihiler les
progrès réalisés ces dernières années pour faire sortir des millions de
personnes de la pauvreté".
Et de souligner que chaque jour, 25.000 personnes meurent --notamment un enfant toutes les cinq secondes-- à cause du manque de nourriture.
"Dans les pays en voie de développement, l'ampleur du problème est plus vaste. (...) Endiguer la famine est un défi moral pour chacun d'entre nous et c'est aussi une menace à la stabilité politique et économique des Etats", a indiqué M. Brown.
"En plus du terrible impact humain à l'étranger, l'inflation continue des qui résulte de la hausse des prix alimentaires, nous affecte tous. Les problèmes à l'étranger ont un impact sur notre situation nationale", a-t-il relevé.
"Nous allons avoir besoin à la fois de mesures de court-terme pour faire face aux privations immédiates ainsi que d'un plan pour gérer les causes plus structurelles", a estimé M. Brown, appelant à une "révolution agricole" accompagnée d'un package élevé d'aides aux producteurs pauvres.
Selon lui, un accord au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui "est désormais à portée de mains", "serait une énorme motivation pour augmenter la production de nourriture dans les pays pauvres".
"Je souhaite que les représentants de consommateurs, des producteurs, des industriels et des distributeurs cherchent la façon dont nous pouvons collectivement faire face aux défis de cette crise alimentaire mondiale", a-t-il poursuivi.
Le
sommet doit notamment réunir Josette Sheeran (directrice générale du
PAM), Kanayo Nwanza (Fonds international pour le développement
agricole, Fida), Donald Kaberuka (Banque africaine de développement),
Phil Brenner (Oxfam), David Mepham (Save the children), Stefan
Tangermann (OCDE), Douglas Alexander (secrétaire d'Etat britannique au
Développement international), Hilary Benn (ministre britannique de
l'Agriculture) ainsi que des experts des différents secteurs évoqués
par M. Brown.
vendredi 18 avril 2008
un édito du "monde"
Les tartuffes de la faim
16/04/2008
Les émeutes de la faim ayant fait irruption dans
les journaux télévisés, l'heure est à la mobilisation. De Paris à
Washington, chacun y va de son idée pour venir en aide aux populations
des pays pauvres incapables de faire face à l'augmentation des prix des
denrées alimentaires de base, notamment le riz. On ne peut que saluer
cet élan de générosité. Ne pas réagir serait criminel et donnerait de
l'Occident une image bien peu reluisante.
Pourtant, comment ne pas se sentir mal à l'aise face à ces élans du coeur ? Car les plus généreux aujourd'hui sont peut-être les plus responsables de ce dérèglement planétaire. Les nouvelles habitudes alimentaires des pays émergents, largement importées des pays développés, expliquent en grande partie l'explosion de la demande, et donc les tensions sur les prix.
Ce n'est pas la seule raison. La concurrence des biocarburants en est une autre, essentielle. Or les Etats-Unis, si généreux avec le Programme alimentaire mondial, ont confirmé leur volonté de doubler les surfaces déjà très importantes qu'ils consacrent aux biocarburants. Face à l'automobiliste américain, le paysan haïtien ne fait pas le poids. Même chose pour l'Europe. Non seulement elle veut développer les biocarburants, mais, dans les négociations internationales, elle maintient une politique protectionniste qui déstabilise depuis longtemps les agricultures du tiers-monde et freine la réduction de la pauvreté.
Quant à la responsabilité de la Banque mondiale et au Fonds monétaire international, elle est également considérable. Pendant des décennies, ces institutions ont expliqué aux pays émergents que l'agriculture avait son avenir derrière elle. Les pays émergents ont ainsi favorisé les cultures d'exportation, destinées à leur rapporter des devises ; ils récoltent aujourd'hui les fruits amers de cette politique. Ainsi le Sénégal exporte des produits alimentaires - que l'Europe taxe quand il a l'audace de vouloir les transformer sur place -, mais doit importer environ 80 % du riz qu'il consomme. Or, non seulement le riz devient rare, mais les spéculateurs en font parfois grimper les prix de 30 % en une journée. La générosité soudaine de l'Occident ne saurait faire oublier la part de responsabilité qui est la sienne dans la crise majeure qui menace aujourd'hui.
Attention,
un éditorial reflète l'opinion du journal dans lequel il est publié. C'est un écrit volontairement subjectif. Vous voyez donc ici comment la rédaction du "monde" analyse la crise.
une tribune publiée dans un quotidien québéquois
Crise alimentaire mondiale - Un problème structurel en Afrique
Marc F. Bellemare *
(17 avril 2008)La crise alimentaire à laquelle font face les pays en développement
incite la Banque mondiale à bientôt doubler les prêts consacrés à
l'accroissement de la productivité, et ce, dans le but d'accroître les
rendements agricoles en Afrique subsaharienne.
Bien que l'accroissement de la productivité agricole soit un
objectif crucial à long terme, cette initiative -- qui n'est guère
nouvelle et qui a fait l'objet du Rapport sur le développement dans le
monde de la Banque mondiale en 2002 -- semble faire complètement fi du
fait que la plupart des ménages ruraux en Afrique subsaharienne vivent
en autarcie, c'est-à-dire qu'ils ne sont ni acheteurs ni vendeurs sur
le marché des aliments de base.
Dans la plupart des cas, ces ménages sont dans une telle situation
bien malgré eux. Nombreux sont ceux qui aimeraient bien avoir accès au
marché afin d'accroître leur bien-être: ceux dont la production est
insuffisante pourraient ainsi combler un manque nutritif crucial alors
que ceux dont la production est plus que suffisante pourraient
engranger des revenus qui financeraient des investissements visant à
accroître leur productivité.
Problème structurel
Le véritable problème est d'ordre structurel. Mes propres
recherches m'ont permis de constater à plusieurs reprises que les
ménages ruraux africains font presque toujours face à des contraintes
considérables qui se manifestent sous la forme de coûts de transaction,
c'est-à-dire des coûts qui ne sont pas nécessairement financiers mais
que les ménages doivent quand même encourir lorsqu'ils décident de
participer au marché.
Ces coûts se manifestent malheureusement de mille façons, ce qui
rend souvent inaccessible le marché pour les plus pauvres. Pour
certains, la route qui se rend au marché le plus proche est
impraticable à la saison des pluies. Pour d'autres, aller au marché est
trop risqué compte tenu des brigands qui font la loi dans la région.
Pour d'autres encore, ledit marché est tout simplement trop éloigné
pour qu'on songe à s'y rendre.
Même lorsque ces contraintes sont négligeables, il est souvent
impossible d'emmagasiner les aliments de base pour une longue période,
ce qui mène beaucoup de ménages à vendre une part considérable de leur
production après la récolte, lorsque les prix sont au plus bas, et à
racheter la même denrée au cours des quelques mois menant à la récolte,
lorsque les prix sont très élevés.
Un marché qui joue son rôle
Sans ces contraintes, l'inflation des derniers mois sur le marché
des aliments de base serait à peine un problème: les ménages qui aiment
consommer du riz pourraient se tourner vers d'autres aliments de base
et les substituer au riz. La présence de coûts de transaction élevés
fait toutefois en sorte que, bien souvent, de tels substituts ne sont
pas disponibles.
Ces coûts de transaction nécessitent une intervention -- soit de la
part des gouvernements africains, soit d'organisations comme la Banque
mondiale, soit d'organisations non gouvernementales -- afin de faire en
sorte que le marché puisse jouer son rôle, qui consiste dans ce cas-ci
à permettre aux ménages de se tourner vers d'autres aliments de base.
Ce dont l'Afrique subsaharienne a besoin, ce sont donc de nouvelles
routes, des corps policiers mieux rémunérés, de meilleurs moyens de
transport et un meilleur accès aux technologies d'emmagasinage. Comme
Amartya Sen l'a démontré dans des travaux qui lui ont valu le prix
Nobel des sciences économiques en 1998, jamais aucune famine n'a été
causée par un manque d'aliments de base: toutes les famines sont plutôt
dues à des contraintes structurelles. Accroître les rendements
agricoles est sans contredit une étape importante sur la route du
développement économique, mais il faut d'abord permettre aux ménages
ruraux de participer au marché.
*Marc F. Bellemare, Économiste du développement et professeur adjoint en étude des politiques publiques et en sciences économiques à l'université Duke
D.S.K avertit ou dramatise ?
La crise alimentaire peut entraîner des risques de guerres, selon Dominique Strauss-Kahn
(13 avril 2008 )Le directeur du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a estimé à propos de la crise alimentaire mondiale que "le pire est peut-être devant nous", et qu'il y a même "des risques de guerre".
Interrogé sur Europe-1
sur les émeutes de la faim dans de nombreux pays, il a estimé que
"lorsqu'il y a des situations aussi dramatiques, ça met en cause la
démocratie dans les régimes" même si "parfois ce n'est pas de leur
faute".
"Les populations, assez légitimement, se tournent vers
leur gouvernement, les critiquent, font tomber des gouvernements
démocratiquement élus (...). Lorsque la tension va au delà de la remise
en cause de la démocratie, il y a des risques de guerre", a-t-il
affirmé, observant que "l'Histoire est pleine de guerres qui se sont
commencées à cause de problèmes de ce genre".
"Malheureusement,
le pire est peut-être devant nous", a-t-il jugé, "tout cela est
extrêmement grave, il faut que la planète s'en saisisse".
Préconisant
une augmentation de la production agricole mondiale pour faire face aux
besoins grandissants notamment de la Chine et de l'Inde, le patron du
FMI a mis en garde contre la "tentation du protectionnisme" pour les
pays producteurs de denrées alimentaires,
"Une des manières de
résoudre les questions de famine, c'est au contraire d'augmenter le
commerce international, d'augmenter les flux", a-t-il assuré.
Dénonçant
la "spéculation financière qui vient nuire à la situation des prix"
alimentaires, il a également estimé que les biocarburants posaient un
"vrai problème moral" dans ce contexte.
Estimant que le Programme
alimentaire mondial (PAM) devait intervenir dans un premier temps,
Dominique Strauss-Kahn a affirmé que le FMI devait intervenir à "long
terme", afin de "réorienter les politiques économiques".
Pour les
pays fortement touchés, le FMI est "en train de réviser (ses)
procédures d'accès parce qu'elles étaient peu orientées vers la crise
alimentaire", a précisé DSK. "C'est notre mission que leur commerce
extérieur soit rééquilibré grâce à des appuis du FMI". AP
lat/ma
Une infographie interactive
Profitez en tant qu'elle est en ligne, les captures d'images n'apportent pas toutes les informations. C'est sur le site du journal "Le Monde"
mercredi 16 avril 2008
Un avis plus nuancé
"La crise alimentaire est violente mais ponctuelle"
Que
vous inspirent les émeutes, dans plusieurs pays (Philippines, Egypte,
Cameroun, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Indonésie, Madagascar), provoquées
par la hausse des prix alimentaires [d'après un rapport de la Banque
mondiale publié la semaine dernière, la hausse des prix du blé
atteignait 181% à l'échelle mondiale en février sur 36 mois, et la
hausse mondiale des prix alimentaires 83% sur la même période, ndlr] ?
- Ces émeutes urbaines sont toujours liées au même problème : quand il
y a augmentation du prix du blé, il y a une répercussion sur les
consommateurs les plus pauvres. Le problème est aujourd'hui amplifié
par la hausse, en parallèle, du prix du riz.
Ce n'est d'ailleurs pas anodin si ces émeutes ont lieu au début du
printemps, en tout cas concernant le blé. Nous sommes sur la fin des
stocks de la dernière récolte, qui n'a pas été bonne, notamment en
raison de la sècheresse en Australie, l'un des principaux producteurs,
et la récolte suivante n'arrivera pas avant l'été.
Aujourd'hui, il y a, tout simplement, un problème d'offre et de
demande. La production de blé a été très faible depuis deux ans et
l'offre ne suit plus la demande, donc il y a une forte inflation qui
touche en premier lieu les pays en développement.
Ce sont des crises de subsistance classiques à ce moment de l'année, un
phénomène extrêmement ancien. Il y a beaucoup d'exemples historiques
qui mettent en lumière des crises de ce type, notamment au XIXe siècle.
Certains affirment même que les émeutes de la révolution française
étaient liées à la crise du prix du blé, donc ce genre de mouvement n'a
rien de nouveau.
En revanche, on ne peut pas comparer cette crise avec celle de 1929,
qui fonctionnait sur des mécanismes rigoureusement inverses. Les
raisins de la colère, ce n'était pas parce que les prix étaient élevés
mais, au contraire, parce qu'ils étaient trop faibles, ce qui posait de
gros problèmes aux agriculteurs.
Quelles sont les solutions pour relancer l'offre ? Y a-t-il des
mécanismes qui peuvent permettre d'endiguer cette inflation mondiale ?
- Je pense qu'une partie du problème va se régler automatiquement. Les
prix baisseront dès que les prochaines récoltes seront faites.
Il y a, en agriculture, des bonnes et des mauvaises années. Cette crise
est un phénomène ponctuel même s'il est certain qu'elle est
particulièrement violente dans certains pays. Il est toutefois possible
que la hausse de la demande, notamment en viande, de la part des pays
émergents place le prix des denrées agricoles à un niveau durablement
plus élevé qu'au début des années 2000.
Les marges des multinationales ou la spéculation sur les marchés ne
sont, en tout cas, en rien responsables de cette hausse dans les pays
en développement, ou alors de façon très marginale.
Quant à l'idée que les distributeurs pourraient, en diminuant leurs
marges, permettre un effet non-inflationniste sur les prix, elle n'est
viable que dans nos économies occidentales, mais à moyen ou long terme,
si les responsables politiques en décidaient ainsi. Lorsque l'on
compare les prix des biens produits dans pays émergents, aux Etats-Unis
et en Angleterre, où ils ont diminué, avec ceux d'Europe continentale,
on peut effectivement penser qu'il y a une vraie réserve au sein de la
communauté européenne.
Mais le problème fondamental, dans les pays touchés par les émeutes de
la faim, c'est qu'il n'y a pas assez de blé et de riz, tout simplement.
Que pensez-vous des commentaires alarmistes de Jean Ziegler,
rapporteur des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, qui
affirme que "c'est l'hécatombe annoncée" et qui réclame, par ailleurs,
l'arrêt de la production de biocarburants, qui risque de réduire
considérablement les ressources alimentaires mondiales à court ou moyen
terme et qui joue également sur les prix ?
- Concernant ce qu'il appelle "l'hécatombe annoncée", je reste très
sceptique. Cette affirmation me paraît très bizarre. D'ailleurs, les
famines sont dues à des problèmes de redistribution plus qu'à des
pénuries de denrées. Je ne pense pas qu'il y aura une très longue
période d'émeutes ou de conflits. Nous sommes vraiment dans une crise
conjoncturelle, pas dans une crise de long terme. Dans deux ou trois
ans, tout le monde se sera adapté à la demande et les capacités de
production seront remises à niveau. Pour l'anecdote, la culture de blé
a supplanté récemment celle du pavot en Afghanistan, qui n'est pas, à
proprement parler, un pays qui fonctionne sur des mécanismes de marché.
La crise alimentaire est extrêmement grave mais elle est ponctuelle.
Certains pensent qu'il y a des limites à la croissance de la planète
mais cette théorie me laisse dubitatif dans le cas des matières
agricoles, du moins dans le moyen terme.
Concernant l'arrêt de la production de biocarburants, c'est, en
revanche, beaucoup plus intéressant et simple à comprendre : si vous
utilisez une grosse partie des terres à céréales, qui ne sont déjà pas
suffisantes, pour faire de l'éthanol, vous augmentez encore davantage
les prix.
Interview de Guillaume Daudin* par Nicolas Buzdugan
(le lundi 14 avril 2008)
pour en savoir plus
http://web.mac.com/gdaudin/Guillaume_Daudins_homepage/Welcome.html
mardi 15 avril 2008
Les raisons de la colère
lundi 14 avril 2008 christian LOSSON
De Haïti à la Thaïlande, les tensions liées à la hausse des prix des
produits alimentaires préfigurent une crise d'ampleur planétaire.
Week-end d’une planète en proie à l’insécurité alimentaire:
manifestations au Bangladesh, où le sac de riz coûte la moitié du
revenu quotidien; Premier ministre démis à Haïti, où un policier de
l’ONU est mort; tensions au Burkina Faso à la veille d’une grève
générale contre la hausse des prix… La crise va perdurer, martèle la
FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture. Les céréales, qui ont augmenté de 37 % en 2007,
devraient encore flamber en 2008, entraînant «la multiplication des émeutes de la faim». 37 pays sont touchés. Voici les racines de la crise.
la mode des biocarburants
Le baril de pétrole au sommet (112 dollars) précipite la ruée vers
l’or vert. L’Union européenne veut incorporer 10% de biocarburants dans
la consommation totale d’essence et de gazole d’ici à 2020. George
Bush, lui, rêve de voir 15% des voitures rouler aux biocarburants d’ici
à 2017. Même les pays en déficit alimentaire, comme l’Indonésie ou le
Sénégal, s’y mettent, sacrifiant des terres arables. Un emballement qui «a accru la demande de produits alimentaires», dit Bob Zoellick, président la Banque mondiale. «Entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont ainsi été détournés de leur usage initial», note le FMI. Et le cours du maïs, utilisé pour l’éthanol, a doublé en deux ans. «Si l’on veut substituer 5 % de biocarburants à l’essence et au gazole, il faudra y
consacrer 15 % de la superficie des terres cultivables européennes»,
calcule l’Agence internationale de l’énergie. L’ère du pétrole cher
provoque un autre dommage collatéral: l’explosion du coût du fret.
L’orgie de spéculation
Confession, vendredi, d’un économiste à Washington: «C’est de la folie! Le blé vaut de l’or!»
C’est un autre effet pervers de la crise des subprimes. Essorés par le
marché des crédits, les fonds d’investissement placent leurs billes sur
les matières alimentaires. Soja, blé, maïs, voilà les nouvelles valeurs
refuge ! Le riz bondit de 31% le 27 mars, après l’annonce par quatre
pays de la suspension de leurs exportations au moment où les
Philippines réclamaient 500 000 tonnes. «Les fonds s’engouffrent, achètent, et stockent», dit un intermédiaire. Le sénateur démocrate américain Byron Dorgan flingue «l’orgie de spéculation».
Qui booste jusqu’à 10% du prix des denrées alimentaires. Walt Lukken,
président de La Commodities Futures Trading Commission (CFTC), le
gendarme des marchés des matières premières, s’en est même ému. A quand
une (réelle) régulation?
Les effets de la libéralisation
«On nous impose, nous, poids plume, de boxer contre les poids lourds sur le ring commercial», nous confiait, il y a six mois, Jacques-Edouard Alexis, Premier ministre haïtien démis samedi de ses fonctions. «Les
politiques de libéralisation à marche forcée, prônées pendant des
décennies par le FMI et la Banque mondiale, ont contribué à rendre les
pays pauvres encore plus vulnérables», dénonce Sébastien Fourmy,
d’Oxfam. Et les petits fermiers du Sud se sont vus laminer par les
produits subventionnés exportés par les pays riches (poulet,
céréales, etc.). «Victimes aussi de leur propres gouvernements qui n’ont pas dédié (ou pas pu) une part de leur budget à la paysannerie»,
ajoute un expert de la FAO. Malgré les promesses, l’aide au
développement des pays riches accuse une baisse de 8,4 % en 2007 (-15 %
pour la France). «L’aide dédiée à l’agriculture est 50 % moins importante qu’en 1984», note Claire Meladed, de l’ONG Action Aid. La Banque mondiale veut doubler l’aide à l’agriculture en Afrique. Suffisant?
Les bouleversements du climat
Même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’en alarme : les
changements climatiques nuisent à la santé et à l’alimentation. «Sécheresse en Australie ou au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine et un hiver record en Chine»,
égrène le Programme alimentaire mondial (PAM). Tendance lourde.
D’autant que l’agriculture intensive joue contre l’environnement. Achim
Steiner, patron du Programme des Nations unies pour l’environnement
(PNUE), assure : «Dans les grands pays, on atteint des limites en
termes de disponibilité de terres arables et d’eau, et de réduction de
la fertilité des sols.» Mais il resterait une marge pour les petits paysans : «Si on fournit de bons engrais à 70 % de petites cultures, on peut doper la production de 20 %», note Gilles Hirzel, de la FAO. Sans céder au chantage des OGM…
L’évolution des modes de vie
Nourrir 60 milliards d’animaux à viande chaque année revient à
produire autant de céréales que pour 4 milliards d’habitants. Rajendra
Pachauri, prix Nobel de la Paix 2007, nous confiait: «Mangeons moins de viande, c’est bon pour le climat.»L’arrivée de néoconsommateurs des grands pays émergents complique les choses : «Ces classes moyennes consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales», dit Pascal Lamy, patron de l’OMC. «Si les Chinois mangeaient autant de viande que les Américains, ils absorberaient 50 % des céréales mondiales», ajoute l’écologiste Lester Brown.
Inutile, pourtant, de verser dans le néomalthusianisme. Les agronomes l’assurent : la planète peut doubler ses productions pour alimenter les 9 milliards de Terriens en 2050. «A condition d’investir, d’innover, de réguler, et réfléchir», souffle un diplomate africain. «Et c’est pas gagné»…
lundi 14 avril 2008
On ne cesse de produire...
De très fortes tensions sur les prix alimentaires
La population mondiale
compte chaque jour 200 000 habitants de plus. Selon les prévisions de
l’OCDE, elle va s’accroître de 100 millions par an au cours des vingt
prochaines années ; 95 % de cette pression démographique s’exercera sur
les pays en développement.
La production mondiale de céréales
a augmenté de 2 051,4 millions de tonnes en 2005-2006 à 2 108,9
millions de tonnes en 2007-2008. Selon l’Organisation des Nations unies
pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), l’indice des prix des
aliments a augmenté de 37 % entre 2006 et 2007, impulsé notamment par
les produits laitiers et les céréales.
Le blé : le cours
mondial du blé a progressé de 50 % à 60 % fin 2007 par rapport à 2006.
La production mondiale s’établissait à 602 millions de tonnes en 2007,
soit une hausse de 1 %. Pour 2008, un accroissement des surfaces
cultivées est attendu. La consommation alimentaire par habitant et par
an tourne autour de 68 kg.
Le riz : le cours mondial du
riz a augmenté de près de 30 % entre 2005 et 2007. Dans les pays dont
la monnaie locale est indexée sur l’euro, comme la zone du franc CFA,
l’impact de cette hausse a été moindre. La consommation alimentaire
moyenne est évaluée à 57 kg par personne et par an.
Les céréales secondaires (dont maïs et sorgho)
: la production mondiale est en hausse de près de 10 % par rapport à
2007. La consommation stagne autour de 27,5 kg par habitant et par an
pour 2008. La forte demande en fourrage pour animaux et pour l’éthanol
reste le moteur principal des marchés mondiaux. Sur une production
moyenne de 1 000 millions de tonnes, 624 millions sont destinés au
fourrage.
Les produits laitiers : entre septembre 2006 et
septembre 2007, les cours ont progressé de 120 %, en raison d’une
baisse de la production de certains pays exportateurs et d’une hausse
de la demande, notamment dans les pays en développement. La
consommation par habitant est passée en dix ans de 93,8 kg par an à
96,2 kg.
la croix 13/04/2008
ça s'écoute aussi
à signaler, la journée spéciale sur ce point su France Info... vous pourrez l'écouter en balado-diffusion (podcast pour les ignares)
http://www.france-info.com/spip.php?rubrique278&theme=107&sous_theme=278
Carte des crises
source la-croix.com

